°o Interview: Jeux d'enfants o°
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Guillaume Canet, généreux indiscipliné au tempérament bohème, donne à son personnage son plaisir du jeu et son goût péchu pour les histoires simples et fortes. Et explique très clairement pourquoi.
Qu'est-ce que vous appréciez le plus, dans le film ?
J'ai été séduit par l'originalité du film dans son traitement, dans ce qui le rend assez différent des autres films. Il est très visuel, il ne ressemble pas à une comédie romantique banale, un peu à l'eau de rose. Il y a quelque chose de plus onirique, de plus poétique. Yann a vraiment réussi ça : dans la lumière, qui est un peu bonbon acidulé au départ et qui se ternit au fil du temps ; dans sa mise en scène qui est vraiment excellente, tout ça... Ce sont des partis pris vraiment intéressants.
Et sur le fond ?
Le plus important, ce sont les rapports entre les personnages. C'est intéressant parce qu'on peut tous s'y retrouver. Ça parle très bien de l'amour : la découverte, la manière de cacher les choses, de ne pas vouloir s'avouer à l'autre, de ne pas vouloir prendre le risque de se livrer, et ensuite de regretter de l'avoir fait... On passe par plein de stades jusqu'à en être très heureux. En tout cas, même si tous ne l'ont pas vécu, je souhaite à tout le monde de vivre au moins une fois une passion dans sa vie. Qu'elle soit normale ou dévorante et dévastatrice, comme c'est le cas dans le film.
Il y a beaucoup d'amitié dans cet amour-passion entre les personnages...
Oui, énormément. La passion part de là, et tout le problème c'est justement de passer le cap, de réussir à passer le stade de l'amitié, avec ce que ça va changer dans la relation, quelque part...
Elle le sauve, au départ, du chagrin de la mort de sa mère...
Oui, il y a un truc très fort qui se passe. La mort de la maman du petit garçon, c'est quelque chose de terrible, et Sophie-Marion vient remplir ce manque de tendresse, d'amour, d'attention.
Comment s'est passée votre rencontre avec Yann ?
Yann m'a appelé par l'intermédiaire de Christophe, le producteur, en me demandant si je voulais le rencontrer. Il m'a parlé de son film avant de me donner le scénario, et j'ai aimé sa manière d'en parler. Il m'a expliqué qu'il avait pensé à moi tout de suite, ça m'a fait très plaisir, et voilà ! Ensuite, quand j'ai lu le scénario, j'ai beaucoup aimé son univers, ce que ça racontait. Et puis, je n'avais jamais fait d'histoire d'amour jusqu'à présent, donc j'étais assez content.
Pourtant, dans le film de Zulawski, "La Fidélité", il était quand même question d'amour ?
Oui, mais pas d'une histoire d'amour assumée. Le Zulawski parle d'un amour frustré, absolument pas dévoilé. Et c'est un film choral, qui n'est pas recentré sur un couple.
Ce couple-ci, en tout cas, est parfaitement romantique. L'éternité de l'amour dans celle de la mort, c'est un classique du genre ?
Oui, bien sûr. Ca me rappelle aussi énormément un couple dans "Hôtel du Nord", qui veut absolument partir car ils sont au sommet de leur amour et qu'ils sentent qu'ils ne seront pas plus amoureux que ça... Mais on sent, après, que la femme est beaucoup plus amoureuse que l'homme... (sourire)... et qu'il l'a un peu trompée, mais...
Qu'est-ce qui vous a touché, précisément, quand vous avez rencontré Yann ?
La naïveté. Je trouve qu'on vit dans un monde où il n'y a plus d'envie parce qu'il y a une sur-médiatisation, une sur-communication sur tout, et les gens se retrouvent face à un étalage de propositions tellement énorme qu'ils ne savent plus ce qu'ils veulent. Ils deviennent blasés. Alors que l'amour et des rapports assez simples, comme ceux décrits dans le film, ça rappelle qu'il y a des choses essentielles, que c'est bien de se regarder, de s'aimer, de se parler, d'apprécier ces choses simples.
Avez-vous eu beaucoup de liberté pour créer votre personnage, ou les dialogues étaient-ils très écrits ?
C'était très précis et on a énormément négocié avec Yann, parce qu'il ne voulait rien changer. Or, dans un scénario, il y a toujours des dialogues trop écrits, qui sonneront faux. Yann tenait à ses dialogues, et ça a été assez dur de le faire changer d'avis, par moments. Mais on tenait bon, avec Marion ! Et c'est intéressant aussi, cet échange qu'on a avec le metteur en scène.
N'a-t-il pas été trop difficile de contenir le réalisateur que vous êtes devenu (NDLR : "Mon idole") ?
Absolument pas. A partir du moment où je ressentirai ça, il faudra que j'arrête le métier d'acteur ! Il faut vraiment faire la part des choses. Quand on dit oui à un réalisateur, il faut lui faire confiance. Et je n'ai pas envie de me mettre dans la situation où je penserais à la mise en scène alors que je joue ! Là, j'ai vraiment retrouvé le plaisir d'acteur, tout le bonheur que j'avais à jouer, à être libre... C'est un métier beaucoup moins contraignant que celui de réalisateur. On a plus le temps de travailler, de réfléchir entre les prises. Quand on est réalisateur, on doit répondre à mille questions en même temps, on n'a le temps de rien, ça va très vite...
Vous êtes-vous intéressé aux personnages jeunes, interprétés par les enfants ?
Oui, énormément. Ils sont excellents, les enfants. La barre était très haute. On a beaucoup travaillé avec eux car on voulait qu'il y ait des similitudes dans des gestes, etc. Avant le tournage, on a donc fait plusieurs séances de travail. Marion jouait avec Thibault, et moi avec Joséphine, et on intervertissait les âges. Thibault me regardait jouer avec sa partenaire, et vice versa, et c'était assez intéressant.
Pensez-vous que vous pourriez jouer un rôle dans une comédie romantique plus classique que celle-ci ?
Pas tout de suite. Ce qui me fait plaisir dans les films que je fais, c'est qu'ils n'ont rien à voir les uns avec les autres. En même temps, c'est une prise de risque et c'est à moi de la gérer ensuite. Mais j'aime beaucoup ces mises en danger. Je ne fais pratiquement que des premiers films. Et j'aime faire des choses totalement différentes. C'est en ça que je trouve mon bonheur.
Est-ce pour éviter d'être cantonné à certains types de personnages ?
Non, c'est plutôt mon plaisir à moi. Par exemple, j'ai refusé certains films dont je savais qu'ils allaient être assez populaires mais qui ne correspondaient pas à mon truc. Je n'avais pas envie de faire ce genre de cinéma-là, ce genre de films. Je ne fais que des choses dans lesquelles je sens que je peux apporter quelque chose et où je sais que je vais m'amuser. Après, c'est vrai que ça véhicule une image quand même parce que, dans des films différents, des personnages peuvent se ressembler. On m'a collé assez longtemps l'image de quelqu'un d'assez naïf, très gentil, le gendre parfait... A un moment, ça m'a un peu gavé parce que je ne suis pas comme ça dans la vie de tous les jours !
Quels seront vos futurs personnages ?
En août, je vais faire un film de Christine Carrière qui s'appelle "Darling" avec Marina Foÿs. Je joue un mari alcoolo qui frappe sa femme, donc, voyez, c'est très différent de ce que j'ai fait jusqu'à présent. Et en septembre, je fais "Narco", qui est encore autre chose...
(interruption)
Marion Cotillard : on ne peut pas parler un peu moins fort ?
Marion Cotillard : Oh, ta gueule ! Cap que tu te mets tout nu sur la table ! (Rires)
Vous vous êtes autant amusés pendant le tournage ?
Oui. Yann est un grand enfant. Il a amené une ambiance sur le plateau où on s'amusait tout le temps. Il y avait vraiment une très bonne ambiance, très bon enfant.
Le film dit un peu ça : on peut rester enfant éternellement ou, comme dit la chanson, "être vieux sans être adulte"...
C'est ça. Mais tout le monde devrait être comme ça.
Comme les acteurs ?
Oui. Les plus grands acteurs sont de grands enfants. Serrault, Rochefort, Jean Yanne qui me manque énormément... Tous ces gens ont gardé une part d'enfance incroyable. Et les enfants sont des acteurs extraordinaires parce qu'ils ne prennent pas conscience de ce qu'ils jouent, donc ils y vont sans retenue. Ils ne se posent pas de questions. Les grands acteurs ont ce côté inconscient ; ils sont capables de se lâcher sans se poser de questions. Mais la vie apporte quelquefois des choses compliquées à gérer : plus on grandit, plus on mûrit, plus on a de responsabilités. et on ne peut plus être si inconscient que ça.
"N'achète jamais de barbecue", dit Rochefort, n'est-ce pas ?
La grande phrase de Rochefort, c'est ça ! C'est parlant. A partir du moment où on achète le barbecue, on achète la maison, on paie les traites, et puis on commence à faire des films pour rembourser la maison... Et on prend moins de risques. Cela dit, le principal n'est pas de ne pas acheter de barbecue, c'est de savoir qu'on peut s'en débarrasser parce que ce n'est pas si important que ça.
L'important, alors, c'est de rester bohème dans l'âme ?
Voilà. Exactement. C'est important de savoir que, du jour au lendemain, on peut se retrouver sans rien. C'est pour ça qu'il faut prendre des risques dans les choix qu'on fait. Moi, ça ne m'intéresse pas de faire des films en sachant que ça va être des cartons. Je m'en fous. Si ça doit être des grosses merdes, je n'ai pas envie de les faire. Je préfère que ce soit des films qui me parlent, qui vont parler à des gens, qui vont émouvoir ou faire rire...
Il y a une énergie importante dans le film, une forme de rage, un côté "Fureur de vivre"...
Oui, il n'y a pas que des choses très belles. Il y a un peu de tout, et même des choses assez grinçantes. Le père, il est très dur. Mais bon, les torgnolles, parfois, ça remet les idées en place ! (sourire...)
Quand vous étiez petit, vous faisiez quel genre de bêtises ?
J'étais pire que lui ! J'ai fait plein de conneries... Par exemple, cambrioler une boulangerie avec un flingue en plastique et une capuche sur la tête pour avoir des croissants, à dix ans... On ne vous prend pas forcément au sérieux, mais vous prenez une bonne torgnole après ! Et là, je ne vous parle que des gentilles bêtises ! C'est un tempérament, une façon d'être. Je n'ai jamais aimé la discipline, mais ça ne m'a jamais empêché d'être très respectueux et poli avec les gens, tout en s'amusant, en n'acceptant pas toujours de suivre la ligne qu'on veut vous donner. J'ai été élevé comme ça et je trouve que c'est la meilleure éducation.
Vous vouliez déjà être acteur, à l'époque ?
Non. Je voulais être pompier. Après, je voulais être boxeur.
Deux rôles que vous n'avez pas encore incarnés au cinéma ?
Non. Ça va venir, peut-être, un jour !
Vous avez pris des cours ?
Je travaillais dans un cirque. L'école avait proposé à tous les parents d'élèves cancres qu'ils aillent le matin au cirque et l'après-midi en classe. On cumulait les heures de permanence et de sport pour le cirque, et tous les week-ends je faisais spectacle avec le cirque itinérant. C'est comme ça que j'ai découvert le plaisir de jouer devant un public.
Comment définiriez-vous le film ?
Je dirais "une comédie romantique décalée".
Une fantaisie romantique ?
Oui, une fantaisie romantique, c'est pas mal, ça.
Propos recueillis et retranscrits par Isabelle Kersimon pour CineMovies.